Édito

C’est aussi pour faire écho à nos quotidiens de collectifs d’artistes que nous avons choisis d’explorer les domaines de la « bricologie ».
Cette terminologie a été travaillée lors de rencontres et d’une exposition à la Villa Arson à Nice en 2015. Des membres du collectif IPN y ont activement participé. Cette réflexion est le fruit de l’axe de travail développé par Thomas Golsenne enseignant à l’époque à la Villa Arson. Nous l’avons prolongé en sa présence lors des tables rondes de BRICODRAMA#1.
Depuis quelques années déjà on a pu voir dans les expositions un retour très fort du « bricolage » avec à la fois des constructions précaires mais aussi des inventions poétiques.
Les artistes par soucis d’économie mais aussi par défis face à la technologie s’emparent des outils et techniques des travailleurs, des scientifiques et des chercheurs pour construire des œuvres sensibles et concrètes qui revendiquent un lien avec le travail, le processus, l’innovation et la survie .
Ces trois axes font aussi partie du champ lexical des lieux intermédiaires et indépendants, collectifs d’artistes, artist run space et autres espaces auto-gérés. C’est pour souligner ce lien direct entre l’artiste, les lieux qu’il anime et les enjeux curatoriaux qu’il convoque que nous avons souhaité travailler ce domaine où l’art rencontre les champs du travail et de la recherche et appréhende les notions de processus pouvant aller jusqu’à faire œuvre.
Notre volonté est de mettre en place une exposition comme une tentative de récit, celui de la rencontre de l’art et de la technique. C’est aussi le croisement entre différentes structures, aux moyens et fonctionnements différents, qui collaborent pour une mise en commun(s) des enjeux de la création et de l’exposition qui prolonge une réflexion sur la place de l’artiste dans la société.
Le commissariat du projet est mené par l’ensemble des lieux, chaque lieu propose des artistes et les travaux sont répartis selon l’espace le plus approprié à la monstration de l’œuvre et à son dialogue avec les autres œuvres présentées.
Si ce projet a une dimension revendicative il faut aussi en souligner la dimension prospectives. Comment concilier le chercheur et l’artisan, l’artiste et le maker, le programmeur et le poète. La « bricologie » est là pour les relier, les passerelles sont multiples dans ce territoire aux pourtours mouvant, aux frontières poreuses.
Nous pourrions envisager la « bricologie » comme étant la technique à l’œuvre dans le même mouvement que la pensée.
Cela soulève les questions capitales relatives aux notions de production et à leurs cadres de développement. Les lieux auto-gérés se sont emparés depuis longtemps de ces enjeux, en proposant en même temps que le travail de diffusion, de relation singulière aux publics, aux habitant·e·s, des espaces et des moyens pour la production. Pour parvenir à leurs fins, malgré des moyens trop souvent modestes, ils ont su développer des espaces de travail, des ateliers, des mises en communs d’outils, de savoir et de techniques qui favorisent une transmission horizontale entre les artistes qui pourrait être envisagée comme une formation continue. Ces espaces, ce temps, ces partages, sont les moteurs de cette « bricologie », une poésie de la débrouille qui cependant n’oublie pas les enjeux de notre société et se positionne par rapport aux enjeux de l’innovation et de l’écologie. En effet cette invention permanente à l’aide d’économies souvent précaires s’inscrit pleinement dans les enjeux du développement durable.
Le Collectif